En 1958, dans ses Propos directifs pour un Congrès sur la sexualité féminine, Lacan s’exprime en des termes provocateurs : « Les représentantes du sexe [féminin], quelque volume que fasse leur voix chez les psychanalystes, ne semblent pas avoir donné leur meilleur pour la levée de ce sceau [d’obscurité sur l’organe vaginal] ; […] elles s’en sont généralement tenues à des métaphores, dont la hauteur dans l’idéal ne signifie rien qui mérite d’être préféré à ce que le tout-venant nous offre d’une poésie moins intentionnelle. »
En 1972, dans son séminaire Encore, il avance la thèse selon laquelle la jouissance féminine est une expérience qui ne peut être complètement appréhendée par le langage et le symbolique : « De cette jouissance, la femme ne sait rien, c’est depuis le temps qu’on les supplie […] d’essayer de nous le dire, eh bien, motus ! » Cela marque une limite de la symbolisation et renvoie à une dimension non phallique de cette jouissance. Ajoutons que si elle en parle, la parole produit cette béance, cette fugue qui la fait désirer et qui met l’objet en jeu.
« Il y a une jouissance à elle dont peut-être elle-même ne sait rien, sinon qu’elle l’éprouve. » : Cela indique que la jouissance féminine reste une expérience du réel qu’aucun discours ne peut représenter. La jouissance féminine se trouve donc à la lisière du réel ; elle ne s’inscrit ni dans une linéarité temporelle, ni dans une conséquence logique. Il s’agit d’une sorte de savoir-faire dans le rapport à la répétition. Cela dit, la jouissance féminine phallique, du fait de son intégration dans le symbolique, est liée à une succession et à une restriction.
Dans son séminaire D’un Autre à l’autre, Lacan dit : « Là où, dans le pari inaugural de cette dialectique, le sujet maître engage un risque de vie, la femme – je n’ai pas dit l’hystérique, […] car l’hystérique […] ne s’explique que par sa référence –, la femme
risque, parie la jouissance. Cette jouissance n’est pas sa jouissance, dont chacun sait qu’elle est pour elle inaugurale et existante, […] distincte et parallèle de celle qu’elle prend à être la femme de l’homme, celle qui se satisfait de la jouissance de l’homme. »
C’est de cette tension qu’elle tire une jouissance féminine supplémentaire, spécifique — une jouissance en excès. Il n’y a pas de synthèse entre ces deux types, ils ne se superposent pas. Même l’orgasme n’en est pas l’expression ; il n’en est qu’une empreinte.
La « dualité » de la jouissance féminine, que Lacan présente dans le tableau du début du chapitre 7 de son séminaire Encore, n’est pas une mince affaire pour la femme.
Il convient de distinguer deux moments : d’une part, le fantasme, intégré à la dialectique du désir, et d’autre part, le sinthome, qui, avec son noyau réel, échappe à cette dialectique. Deux façons de voir les choses : un corps qui jouit et un corps qui parle.
Literaturverzeichnis
1 Lacan J., « Propos directifs pour un Congrès sur la sexualité féminine », Écrits, Paris, Seuil, 1966, p. 728.
2 Lacan J., Le séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 69.
3 Ibid.
4 Lacan J., Le séminaire, livre XVI, D’un Autre à l’autre, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2006, p. 386.
5 Lacan J., Le séminaire, livre XX, Encore, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1975, p. 73.